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 BLINDNESS [PV Logan Sutherland]

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Nikolai L. Valdick

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MessageSujet: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Mar 12 Aoû - 1:38


« Because you like to tell me how you hate all the ways I'm not enough for you. »

Toujours la même chose, toujours les mêmes silhouettes qui vacillent et tanguent devant tes yeux, alors que les mêmes mélodies et les mêmes conversations insipides se répètent inlassablement autour de toi. Pourtant tu es toujours là, quelque part, à picoler une bouteille dans ton coin, avec quelques potes de soirée. Et la plupart du temps, ça ne te dérange pas plus que ça, voire même tu t’amuses. Tu te mêles à la horde, et tu ne finis par ne plus exister en tant que personne, mais tu deviens une silhouette parmi la masse, insignifiante et perdue, comme si tu n’avais jamais véritablement existé et que tu retournais au néant d’où tu étais engendré. Mais ce soir c’est différent. Rien ne va, et tu ne reconnais rien et personne. Tout te semble soudainement si étranger, alors que tu sirotes à l’écart de la foule ton verre de cuba libre. Ce soir, tu es seul, et tu ne te mélanges pas à la horde, tu restes en dehors, et tu leur jettes presque un regard hautain, quand bien même tu es l’un des leurs la plupart du temps. Mais ce soir, tu te sens au-dessus de tout ça, et tu snobes tout ça, comme si ça n’avait pas d’importance, comme si ça n’en avait jamais eu. Tu croises les bras, tu mordilles le bord de ton gobelet, agacé et fatigué. Un de tes potes de soirée s’approche de toi, t’attrape le bras et commence à te secouer pour te motiver à sortir de ta bulle. Mais tu te contentes de te libérer sèchement de son étreinte avant de l’envoyer se faire foutre. Tu lui dis que tu n’es pas d’humeur ce soir, et que tu n’as pas envie de t’amuser. Au fond, ce soir, tu as juste envie de ressasser tes idées noires, tout seul. Tu veux juste aller mal, sans ressentir le moindre besoin d’améliorer les choses. Il soupire, t’insulte de gros con, et s’en va pour retourner faire la fête, sans toi. Tu marmonnes dans ton coin, en te disant que c’est lui le gros connard, et qu’il est probablement trop débile pour s’apercevoir que tu n’es pas d’humeur ce soir. Tu n’aurais pas dû venir, mais comme d’habitude, tu es venu, même si l’envie n’y était pas, juste par principe en quelque sorte, quand bien même tout ici t’agace et concoure à t’énerver. Tu penses à Aurélian, tu penses beaucoup trop à lui ce soir, et de ce fait, rien ne va plus. Tu n’as pas besoin de cette soirée, tu n’as pas besoin de ces gens. Tu as juste besoin de lui, de sentir ses bras autour de toi, et sa voix qui murmure toutes ces choses non dites que tu as tant besoin d’entendre. Tous ces mots étouffés dans le silence. Tu finis de descendre ton verre, et tu te débarrasses de ton gobelet. C’est assez, cette soirée craint, et tu ne vas pas t’éterniser ici. Tu finis par traverser la foule pour quitter l’endroit. Quelqu’un essaye de t’agripper le bras en passant, mais sans même jeter un regard à la personne, tu repousses son emprise en râlant et tu continues ton chemin à écartant tous ceux qui viennent s’interposer devant toi. Tu as besoin de respirer, tu as besoin de retrouver un équilibre, car ce soir tout part à la dérive. Des larmes de colère te montent aux yeux, mais tu étouffes ton sanglot. Ce soir tu vaux mieux que tout ça, tu seras plus fort. Tu attrapes une bouteille de tequila en passant, comme si tu n’avais déjà pas assez bu ce soir, et tu quittes le lieu.

Tes pas avancent premièrement sans but dans les couloirs, tu te dis que tu ferais mieux d’aller t’allonger dans ton lit pour boire ta bouteille de tequila, t’endormir et te réveiller avec une méchante gueule de bois le lendemain. Déterminé à oublier ce qui te tourmentent, et pourtant, tu changes au dernier moment ta destination en passant devant un couloir. Tu montes les marches, tes pieds foulant la roche frénétiquement, et tu avances toujours. Un peu plus haut, un peu plus vite, comme s’il te fallait trouver ta destination le plus rapidement possible. Tu avances à pas de loup, pour ne pas te faire repérer dans ces couloirs, mais d’un pas pressés et souples cependant. Après toutes ces marches gravies, tu arrives enfin au niveau des combles, à l’entrée de la salle imaginaire. Tu es déjà venu ici à plusieurs reprises, mais à chaque fois, cela a été une expérience douloureuse et traumatisante pour toi et tes sentiments écorchés. Ici, tu peux te replonger dans les lieux du passé, sans pour autant faire revenir les gens qui hantaient les lieux d’autrefois que tu imagines dans cette pièce et que tu projettes. A chaque fois, tu erres comme un fantôme dans un espace disparu, déconnecté du temps, et où rien ne bouge. Un endroit où personne ne viendra te chercher, même si tu t’effondres en larmes en criant et en suppliant le ciel de te venir en aide. Rien ne bouge dans la salle imaginaire, rien ne vit. C’est tout simplement la mort qui décore les murs de cet endroit. Mais qu’importe, ce soir, tu souffriras, et tu t’en fiches quelque part. Tu ne veux pas l’oublier, tu ne veux pas passer à autre chose. Il y a forcément un moyen de revenir en arrière, de retrouver ce destin perdu. Tant qu’il existera un espoir, tu t’y accrocheras de toutes tes forces.

Tu agrippes la poignée de la porte, ton cœur bat à tout rompre dans ta poitrine fébrile, et ton souffle se fait difficile. Tu pousses les portes de la salle imaginaire, et tu entres à l’intérieur, les yeux fermées, en pensant très fort à ce lieu béni où tes meilleurs souvenirs ont été emprisonnés. Ce lieu qui a cristallisé toutes tes espérances et tous tes désirs. Tu ouvres les yeux et tu découvres ton appartement de Berlin, celui que tu as partagé pendant quelques temps avec Aurélian. Tout est identique à tes souvenirs. C’est un vaste loft encore à moitié en travaux qui ressemblent plus à un atelier qu’à un appartement. La pièce principale se compose d’une très grande baie vitrée qui donne sur la rue, et par où la lumière de la nuit et des réverbères pénètrent dans la pièce. On trouve des chevalets, des instruments de musique un peu partout en vrac. Des pots de peinture, des partitions, des vêtements. Tout se mélange dans une harmonie qui se veut artistique. Les murs blancs et une bonne partie du sol sont maculés de peinture de différentes couleurs, et on retrouve aussi des pots éventrés par endroit. C’est comme ça qu’il était quand tu l’as quitté pour la dernière fois. Le lit se compose d’un très grand matelas, assez épais, et d’une épaisse couverture. Dessus sont posés une multitude de coussins et d’oreillers. Au fond, un coin cuisine était aménagé dans l’angle de la pièce avec un ilot qui servait de plan de travail et de table, avec des chaises hautes autour.

L’émotion t’agrippe à la gorge, à mesure que tes larmes de rage coulent sur ton visage. Rien n’a changé, tout est identique, et il te semblerait presque qu’Aurélian viendra pousser la porte de ton appartement dans quelques minutes. Peut-être qu’il t’a envoyé un message pour te dire qu’il sera en retard ? Tu avances au milieu de la pièce avant de t’écrouler à genoux sur le matelas, perdant ton regard au loin à travers la bais vitrée. La pièce est sombre, et seules les lumières de la nuit éclairent péniblement la pièce. Tu te descends une grosse gorgée de tequila, en mordant l’intérieur de tes joues pour étouffer ta peine. Pourquoi t’avoir laissé encore une fois ? Tu te persuades qu’il existe une manière de revenir à cette époque, où tout allait bien. Cette époque où Aurélian partageait ta vie et où l’avenir brillait pour toi. Si ce lieu existe toujours, ton amour pour Aurélian doit toujours exister également, quelque part. Mais ce n’est qu’un lieu fictif, rien n’est vrai dans cette pièce, et c’est ça qui fait mal. C’est ça qui blesse, c’est l’exactitude de la reproduction. Tout est absolument fidèle. Tu retrouves mêmes des vêtements d’Aurélian, éparpillés en vrac sur le sol, et même les odeurs sont les mêmes. Cette odeur de peinture acrylique, qui se mélangeait avec son parfum quand il était là. Tu retrouves les bouteilles vides, que vous descendiez à deux, et les mégots écrasés dans le cendrier. Même ses livres habitent encore les étagères. Mais tout ça, ce ne sont que des souvenirs, et rien de tout ça n’est réel.

Pourtant, quand tu entends la porte s’ouvrir derrière toi, tu ne peux empêcher ton cœur de s’arrêter. Ton souffle se suspend et tu tournes la tête vers l’entrée de l’appartement. Tout est si fidèle, que tu t’attends presque à voir surgir Aurélian par la porte, mais au fond, tu sais bien que c’est impossible. Car dans la salle imaginaire rien ne bouge, et tout n’est que mort. Tu n’es qu’un fantôme des lieux, et rien ni personne de cet endroit ne viendra te troubler. Un souvenir de ton appartement ne pourra jamais te ramener Aurélian, même si c’est ce que tu aurais voulu au fond.


Dernière édition par Nikolai L. Valdick le Lun 18 Aoû - 3:07, édité 1 fois
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Logan Sutherland

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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Mar 12 Aoû - 3:01

Je ne sais pas trop ce qui me prend de toujours retenter la même chose. On dirait que je n’apprends jamais, que ma naïveté est encore plus forte que tous les coups qu’on a pu m’assener. Et même si je n’en dirai jamais un mot, une partie de moi veut vraiment croire que je suis capable de passer une soirée normale, comme tous ces autres jeunes. En quête d’alcool, de musique, de friction, de rires, de contact et de baisers. Et parfois, l’illusion que l’alcool impose à mon esprit est telle que j’y crois vraiment, pauvre imbécile. Pour quelques instants, je m’y perds totalement, je danse sans me soucier de ce qui m’habite, je laisse mes lèvres caresser le cou d’une fille ou d’un garçon. Mais la chute n’en est que plus brutale. Je vais entendre une remarque, ou me faire repousser, ou encore simplement prendre conscience de l’idiotie de ce qui est en train de se produire. Et je me réveille, tiré violemment de mes rêves toxiques qui dégouttent dans mes veines au rythme des gorgées d’alcool qui me passent aux lèvres. Le remix le plus récent de la chanson de l’heure ne tonne plus contre mes tympans. Et tout ce que je ressens, c’est mon torse qui se serre et mon envie de disparaître qui s’impose de plus en plus.

Et c’est cela qui vient tout juste de se produire. Je me suis réveillé bien malgré moi. Le dos appuyé contre un mur, je me suis presque sauvé du dancefloor. Certaines personnes me regardent, l’air de se demander ce qu’il fout là, le Sutherland. Je me mords les lèvres; elles goûtent la vodka. Puis je fige. Parce que je n’ai jamais aucune idée de ce que je devrais faire. À ce moment-là, je prends beaucoup trop conscience de toutes les parties de mon corps. Est-ce que ma posture est trop recourbée? Où est-ce que je devrais mettre mes mains? Regarder le sol et avoir l’air d’un enfant? Fixer la foule et risquer de sembler impoli? Regarder au ciel comme un con? Je soupire, passe ma main sur ma nuque, cherchant désespérément à avoir l’air naturel et relaxé alors qu’en réalité, c’est tout le contraire. Je veux me sauver, me cacher sous ma couette, admettre ma défaite. Supplier la vie de m’épargner d’une autre humiliation même si au fond, je la mérite bien. Ça m’apprendra à sortir en public, à me mentir à moi-même. Faut que tu t’endurcisses, Logan, fuck. Vivre sur la frontière comme ça, c’est un geste de mauviette. Dans la vie, on plonge, tête première. Alors je lève les yeux.

Il est la première chose que je vois, et mon regard gris-bleu ne peut s’empêcher de se souder à lui. À son visage, à ses épaules. Il a l’air malheureux, et ça me brise un peu. Parce que j’aimerais tant pouvoir effacer cet air défait de sur son visage et y tracer un sourire. Parce qu’il est tellement beau quand il sourit. Depuis l’incident dans notre dortoir, les choses sont… Étranges. Parfois ça va, parfois ça ne va pas. Et je n’insiste pas trop. Je le laisse faire, je le laisse nous guider. Parce qu’en réalité, j’ai terriblement peur de le perdre. Je ne veux pas d’une autre faillite. Même si cela n’aboutit pas à quelque chose de concret, je veux au moins de son amitié, de sa proximité, de sa compagnie. Alors ça pousse, ça tire, ça se tortille dans tous les sens et je sens que ça me rend un peu fou. Parce que moi, je me sens tomber. Et je sais déjà que mon cœur va fendre à l’atterrissage. Il s’éloigne, se sauve comme moi je me suis sauvé, mais lui sort. Malgré les mains de ses amis qui ont tenté de le retenir. Il veut sans doute être seul. Mais je dois le suivre. Je n’ai pas hésité une seconde. J’ai terminé mon verre en une gorgée, je l’ai laissé sur le comptoir et me suis lancé dans les couloirs de l’école, suivant au son le bruit de ses pas.

J’entends une porte se fermer alors que j’approche des salles de classe. Je m’approche lentement et constante qu’il s’agit de la porte menant à la salle imaginaire. Je ne sais pas ce que je vais trouver à l’intérieur. Si nos idéaux vont bien se fondre l’un à l’autre. Peut-être qu’il voudra que je parte. Mais là où j’en suis, je m’en moque un peu. Je veux qu’il m’écoute, je veux qu’il sache. Et j’espère qu’il est prêt à l’entendre. Alors je tourne la poignée, je pousse la porte et arrive dans un appartement. Une grande pièce où l’art et l’urbanisme se confondent. La ville à l’extérieur, les gratte-ciels dans la fenêtre. Je passe la porte de quelques pas, referme la porte derrière moi. Puis sans trop se modifier, l’environnement change un peu. Le paysage de ville à l’extérieur devient une côte marine et montagneuse, le bruit sourd et constant de la mer happant les rochers se faisant entendre. L’un des murs change pour ne devenir que pierre grise et bois. C’est la maison, en Écosse. Je pourrais presque sentir l’une des tartes aux pommes de ma mère cuire au four. Un fin sourire caresse mes lèvres alors que, lentement, je m’approche de Nikolaï qui lui est toujours sur le matelas. Puis je me penche un peu, passe doucement ma main sur sa nuque. Découvre encore une fois les muscles de son cou. Et je ne dis rien. J’attends qu’il me parle. J’attends qu’il s’ouvre, avec toute la patience dont je suis capable.

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Nikolai L. Valdick

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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Mar 12 Aoû - 23:02


« Just follow my Yellow Light and ignore all those big warning signs. »

C’est comme si ta mémoire n’était plus capable d’écrire au-delà d’une heure tout au plus. Tout ce que tu vis depuis son départ glisse sur toi, se heurte à ta triste indifférence pour la vie et ses composantes. Comme un fantôme, tu traverses l’espace et le temps, et pourtant, rien ne t’atteint, plus rien n’agite ton cœur. Ta mémoire ne retient rien, elle fait abstraction de tout. Tu te souviens à peine de ce que tu as mangé la veille, avec qui tu as discuté dans la journée, de ton emploi du temps du matin. Tu ne retiens que lui, et c’est incessant. Ton dernier souvenir de lui semble être devenu ton souvenir le plus récent. Comme s’il n’était jamais parti au final. Tu le revois embrassant ton front brûlant, tous les deux étendus dans le lit, dans la pénombre du soir. Tu ressens encore maintenant les caresses de ses mains sur ton visage et ton torse, tu entends encore sa voix qui vibre dans ta tête et ton cœur. Il te dit bonne nuit, embrasse une dernière fois tes lèvres tremblantes, et il s’étend sur le dos, paisiblement, et la quiétude gagne son visage, même si ce ne sera que de courte durée à cause de ses insomnies. Tu te revois alors caler ta tête contre lui, ton corps et ta peau nue contre lui, et tu fermes les yeux, bercé par son souffle lent et profond. Tout ça, c’est ton dernier souvenir. Et depuis, plus rien ne vient le remplacer, et il demeure la seule constante de ta mémoire embrouillée, ta seule et unique obsession. Et c’est précisément à cause de ça que ta vie tourne en boucle, arrachée du temps et de l’espace, pour rester suspendu à un espoir vain et fragile. Celui de voir Aurélian revenir. De le voir traverser le pas de la porte pour te prendre dans ses bras. Malheureusement, ce soir, ce n’est pas Aurélian qui traversera la porte de la salle imaginaire. Alors que tu restais immobile à fixer la nuit berlinoise, tu entends la poignet s’abaisser et la porte s’entrouvrir, et avant même que tu aies pu intervenir pour empêcher cela, le décor de la salle se mit à changer. La ville de nuit, agitée et lumineuse, se transforme alors à une falaise au bord de la mer, où les vagues se fracassent avec grand bruit, éclairée par la lune qui devient alors la seule source de lumière du paysage. Les immeubles et les rues animées ont laissé place à un paisible décor de carte postale. Fou de rage à l’idée que quelqu’un vienne altérer ton précieux souvenir, tu te retournes d’un bond pour voir qui ose venir abîmer ta mémoire. En passant, tu remarques qu’un des murs de plâtre a laissé place à un robuste mur de bois et de pierre. Tu remarques alors que c’est Logan qui a fait son entrée dans la pièce et qui venait de corriger ton décor si parfait.

Tu contiens ta colère qui semble t’étreindre la gorge, de telle sorte que tu n’arrives pas à prononcer une seule parole à son arrivée. Tu restes à le fixer, alors qu’il s’approche de toi, et tes yeux noircis de colère le dévisagent presque. Tu ne peux rien dire, ta gorge est noué, et tes doigts tremblent. Comment ose-t-il venir démolir ton parfait souvenir ? Pourquoi t’a-t-il suivi jusqu’ici ? Tu continues à le fixer de ton regard noir, alors que lui, visiblement ne semble pas inquiet par la situation. Bien entendu il ne comprend pas le blasphème qu’il vient de faire, il ne mesure pas la gravité de son geste. Ce décor marin te donne déjà la nausée, alors que cela ne fait que quelques secondes qu’il est venu remplacer ton décor urbain. Tu détestes cette mer, tu détestes cette falaise, et ce mur en pierre et bois. Tu ne veux pas de tout ça, ce n’est pas pour ça que tu viens dans cette salle parfois. Ce n’est pas pour trouver un décor de carte postale.

Tu écartes la main de Logan sèchement d’un revers de la main, et tu te relèves d’un bon pour venir lui faire face. Ton regard vient se planter dans le sien. Tu restes encore un moment silencieux, laissant un pesant silence venir vous compresser. Tu finis par lâcher sèchement, contenant le plus possible ta colère et ta peine, alors que les larmes de rage continuent de perler sur tes joues rougies à présent.

    « Qu’est-ce que tu fous là Logan ?! Putain, regarde ce que t’as fais ! »


Tu te retournes alors et lui montre le paysage qui se dessine derrière la baie vitrée. Ton regard fou et affolé cherche encore ses repères, et tu viens lui refaire face. L’ensemble des muscles de ton corps semblent se contracter, ton cou est tendu, et les muscles de ton visage se durcissent. Comment peut-il faire ça ? N’était-ce pas suffisamment évident que tu n’avais besoin de personne ce soir ? Visiblement ce n’était pas encore assez explicite, et tu te dis que peut-être il faudrait que tu te balades avec une pancarte de signalisation pour que les gens comprennent que tu n’as pas besoin d’eux et de leurs futilités, et que tu as juste besoin de te retrouver tout seul, toi et ta peine, sans que personne ne vienne interférer et chercher à te réconforter. Tu essuies avec rage ton visage humide avec la manche de ta veste. Tu serres la mâchoire et tu essayes d’étouffer tes sanglots. Mais l’alcool n’aidant rien, ta peine résonne et l’écho de tes sanglots se répercute dans la pièce. Tu te crois au-dessus de tout et tout le monde Nikolaï, et pourtant, tu ne vaux pas mieux que les autres. Tu te crois plus fort que tout, et pourtant, tu sanglotes toujours la nuit quand ça ne va pas. Tu continues de pleurer dans cette pièce, de gémir sur les ruines de ton passé, et c’est une véritable maladie, une infection de l’esprit. Emprisonné entre ces murs, tu ne fais qu’errer dans ce vieux souvenir, seul et immobile. Un souvenir mort que tu t’efforces de faire vivre coûte que coûte, le maintenant en vie tel un feu qui ne demande qu’à mourir et s’éteindre. Tu souffles sur les braises et tu alimentes quelque chose qui ne tend qu’à s’éteindre et à disparaitre. Autant retenir l’eau entre tes doigts. Après avoir fui le regard de Logan et contenu un peu tes larmes, tes yeux viennent retrouver les siens. La colère laisse place en apparence à la peine sur ton visage.

    « Pourquoi tu m’as suivi, Logan ? T’avais pas l’droit de tout gâcher. »


Tu continues tant bien que de mal à essuyer ton visage, et ton regard échappe de nouveau à celui de Logan. A cet instant, il t’énerve, parce qu’il est juste au mauvais endroit au mauvais moment. Tu voulais simplement être seul, et te morfondre dans ta peine mélancolique. Mais c’était sans compter sur Logan qui en fidèle chevalier servant te vient en secours. Tu lui fais alors dos, pour te cacher de lui d’une part et pour regarder ce qu’il reste de ton souvenir. Au fond, peu de choses ont changé, et l’essentiel semble toujours là, mais tu n’arrives pas à désemplir de ta colère en regardant les modifications qui se sont opérées. Tu croises les bras contre toi, contre ton abdomen tourmenté par la nausée. Tu lui lances alors, sans même te retourner, ces quelques mots, comme un appel au secours, bien que tu ne cherches pourtant l’aide de rien ni personne.

    « Laisse-moi ici, j’ai envie d’être seul ce soir. »

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Logan Sutherland

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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Mer 13 Aoû - 4:24

Dire que j’ai vraiment cru, un instant, que j’avais fait la bonne chose, que la décision que j’ai pris alors que j’ai le sang qui se noie d’alcool était sensée. Dire que j’ai vraiment cru qu’il allait m’accueillir avec un sourire, peut-être avec des larmes. Qu’il allait se jeter à mon cou, qu’il allait me souffler qu’il ait besoin de moi. Qu’il allait embrasser ma peau en me disant que tout ce qu’il attendait, c’était que je vienne le retrouver, qu’il voulait de ma compagnie, que je lui avais tellement manqué. Qu’il se sentait mieux maintenant que j’étais là avec lui, qu’il ne voulait pas me voir partir. J’y ai cru comme un imbécile. Une fois de plus. Cycle répétitif. La naïveté humaine est vraiment dégoûtante, en réalité. On croirait que ma carapace soit devenue plus épaisse avec les années. Mais on trouve mes failles, on les voit, on les perce. Et à chaque fois, on me détruit un peu plus. Je me détruis un peu plus. Toujours le même discours, c’est lassant. Toujours les mêmes émotions qui me bouffent; il ne restera plus que carcasse. En attendant, je vis bien contre moi-même dans cette peau qui s’enserre et m’emprisonne alors que tout ce que je voudrais, parfois, c’est en sortir. Malheureusement, les suicidés n’ont pas leur place au ciel.

J’ai mal.

Je déteste sentir ce pincement agressif dans mon torse, cette boule de malaise absolument immense me monter à la gorge à m’en rendre malade. Les regrets. Les remords. Je n’aurais pas dû. Si j’avais fait les choses différemment. Mais à quoi je pensais? Et le sol sous mes pieds est un sable mouvant qui m’ensevelit lentement. Je ne peux pas bouger. Debout, à ses côtés, la main qu’il vient de repousser retrouvant, tremblante, sa place dans ma poche. Ma mâchoire qui se serre, mes dents qui s’en prennent à ma lèvre inférieure. Mais même si je voudrais regarder ailleurs, je n’y arrive pas. Je le regarde toujours droit dans les yeux. La mer et le ciel nuageux se rencontrent, se défient. Une tempête s’approche. Je la sens qui rugit dans mon ventre et dans ma tête. J’aimerais être plus sensé, j’aimerais pouvoir simplement me retourner, partir, le laisser seul. Subir ses caprices parce qu’il est presque le seul qui daigne me regarder sans un air répugné au visage. Sauf à l’instant même, où tout ce que je peux lire sur son visage, c’est de la rage et du désespoir. Et puis, franchement, j’ai beaucoup trop bu pour être raisonnable.

Il pleure, gémit, sanglote. Il me questionne, s’énerve, me somme de partir. Il me regarde, me fait dos, s’approche puis s’éloigne. Mes bras sont croisés sur mon torse. Je ne bouge pas, le suit du regard alors que je tente, le plus possible, de redevenir calme. Car autant je suis blessé par ses mots, autant j’en suis insulté. Le voile qui me couvre les yeux me donne toujours un peu plus de courage, réveille l’homme en moi, pas que le garçon brisé. J’ai la langue qui veut se délier, les mots qui frappent sur mes lèvres, qui ne cherchent qu’à sortir et à être entendu. Pour une fois que je me permets cette liberté, que je m’accorde ce droit fondamental que j’ai appris à ne réserver qu’aux autres. Je le laisse faire quelques secondes. J’essaie de réfléchir à ce que j’ai envie de lui dire, mais j’échoue. C’est le chaos. Il faut que ça sorte. Même si cela risque fort d’être désordonné. Je pose ma main sur son épaule et, sans douceur ni rudesse, je le force à se retourner afin de me faire face. Il ne m’a jamais vu ainsi. L’air dur, impassible. Mes traits normalement doux et calmes sont tendus. Ma peur de l’effrayer est disparue.


« Tu t’attends à quoi, au juste, Nikolaï? À ce que je puisse lire dans tes pensées? À ce que je puisse deviner ce que tu désires quand tu le désires? Alors peut-être faudrait-tu que tu repenses ton entourage pour y inclure quelqu’un dont c’est le don. Parce que moi, je n’y arrive pas. Tout ce que je fais, c’est être là pour toi, disponible quand tu en as besoin. Alors tu te permets. Tu m’attires, tu me repousses, tu me fais attendre. Et moi je reste là, parce qu’en fait, je tiens à toi. Ta crise de gamin, je ne la mérite pas. Mes souvenirs, je ne les choisis pas. Ça sert à rien de m’accuser de blasphème, d’être le pire être humain de toute cette planète. »

Ma phrase reste suspendue dans l’air. J’ai tellement envie de lui dire cette simple phrase. Mais je sens qu’elle pourrait le détruire, je sens qu’elle pourrait l’anéantir. Qu’il n’est pas prêt à l’entendre même s’il le sait. Je me retiens, inspire un bon coup. Le ciel du paysage extérieur se parsème de nuages gris et épais. Je m’éloigne de l’Allemand, me dirigeant vers la fenêtre puis m’assied sur le bord de celle-ci. C’est toujours impressionnant, mettre les pieds ici. Mais les vagues sont répétitives, cycliques. Elles n’ont rien de naturel. Ni l’herbe qui ondule sous la force du vent. Ni les nuages qui tournoient dans le ciel. C’est du déjà-vu. Un copier-coller. Ça n’a rien d’authentique.

« Je te laisserais pas crever dans tes illusions. Mais j’en ai assez que tu me vois comme un objet dont tu peux disposer quand tu veux. Y’a pas que toi sur cette planète. Y’a pas que ta peine, y’a pas que tes souvenirs. Que tu le veuilles ou non. »

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Nikolai L. Valdick

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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Mer 13 Aoû - 23:37


« Well, maybe I’m a crook for stealing your heart away and for not caring for it. »

Pars, je t’en prie, et ne reviens pas. Tu veux juste qu’il s’en aille, et qu’il t’abandonne ici, comme tout le monde le fait depuis si longtemps. Tu veux juste qu’on te laisse seul, parce que tu n’as pas envie de saisir ces mains qui se tendent vers toi, tu n’as pas besoin d’elles, tu t’en sortiras tout seul. Tu ne veux pas qu’il te parle et qu’il te dise que ça ne va pas. Tu voudrais juste qu’il se taise et qu’il tourne les talons. Ce soir, tu veux juste qu’on t’abandonne encore une fois, parce que tu te persuades que tu n’as besoin de personne d’autre que lui. Tu te berces d’illusions, et tu t’emprisonnes dans ta peine sans même voir que des personnes s’inquiètent pour toi. Mais ça, tu ne le remarques pas, et tout ce qui compte, c’est ta petite personne et ton petit malheur dévorant, que tu t’efforces d’entretenir et de nourrir d’espoirs vains et de mensonges illusoires, qui ne servent qu’à maintenir cette mascarade idiote, ce délire insensé selon lequel il reviendra pour toi, et que vous oublierez tout ça comme si rien ne s’était passé. Ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent. Tu as juste envie d’attraper ta tête entre tes mains, serrant très fort tes paumes contre tes tempes, et d’hurler de toutes tes forces, pour que la colère et la peine puissent se répandre dans l’espace un instant. Pour que tous ces sentiments négatifs puissent venir mourir en dehors de toi, et que cela puisse te libérer quelques instants. Mais Logan ne semble pas décider à partir, à ta grande surprise, et pire que ça, il a l’air résolu à vouloir s’expliquer cette fois-ci. Il te force à te retourner et à le regarder, et toi, tu ne peux te retenir cet air de surprise sur ton visage quand tu comprends qu’il veut en découdre à cet instant, et qu’il ne se laissera pas faire comme tu le pensais. Lui si docile et si calme à son habitude, tu remarques immédiatement son visage tendu, et sa mâchoire serrée. Ne fais pas ça, je t’en prie. Tu ferais tout pour qu’il ne parle pas à cet instant, et pourtant il commence à débiter le fond de sa pensée, et ça te file la nausée comme jamais. Ton pouls s’emballe et ton cœur ne semble plus battre normalement tant la colère te ronge de l’intérieur. Mais ta surprise de voir Logan s’énervait est telle que tu n’arrives pas à prononcer un seul mot pendant sa tirade, et tu l’écoutes, alors que tout ton corps tremble de plus en plus. Dehors, la mer s’agite de plus en plus, et les nuages viennent noircir un peu plus le ciel bleu sombre. Plus il t’accable, et plus tu te décomposes. Tu remarques que les murs de la pièce se fissurent et craquèlent à mesure que ta colère augmente et que les larmes de rage emplissent tes yeux désemparés par l’intervention de Logan. Finalement il s’arrête, et va se poster à la fenêtre. Tu comprends à peine le message qu’il essaye de te faire passer, tant tu es aveuglé par le reste.

Mais pour qui il se prend lui ? Tu as eu le malheur d’être un peu proche de lui, le temps d’une nuit, et il pense que tu vas lui appartenir, que tu vas te montrer docile et aimable avec lui sous prétexte que tu as été un peu tendre avec lui ? Tu restes immobile, dans la même position que Logan t’a fait adopter, et ta bouche entrouverte cherche à exprimer quelque chose, mais tout se mélange et tu t’asphyxies. Tu essayes d’inspirer l’air dans tes poumons, mais tout se noue et tu as la sensation de suffoquer. Comment peut-il se permettre de te dire qu’il n’y a pas que toi dans le monde ? Bien sûr que tu es au courant, mais tu n’as pas le droit d’en vouloir au monde et de vouloir d’isoler pour autant ? Non, bien entendu, personne ne comprend. Ils pensent tous que tu joues la comédie, que c’est pour te rendre intéressant. Pire, Nikolaï est un égocentrique et un narcissique qui a besoin de se créer des histoires pour exister, car c’est bien là sa seule manière d’exister lorsqu’il n’a personne à travers qui il peut le faire, comme c’était le cas avec Aurélian à l’époque. Tu n’as pas le droit d’être triste, parce qu’il y a les autres, et qu’il te faut sourire et être amusant pour les autres, sinon on viendra te le reprocher. On viendra te dire que tu t’en fous des autres, et qu’il n’y a que toi qui compte. N’est-ce pas normal de se replier sur soi et de prendre soin de soi-même quand tout le monde vous a abandonné avant ? Pourquoi tu n’aurais pas le droit de t’apitoyer sur ton sort ? Personne ne peut te comprendre, personne ne peut ressentir ce que tu ressens au fond, et ça te met dans une colère noire et sans nom. Parce que toi seul est condamné à ressentir ça pour le reste de ta vie, alors que les autres ne font que te le reprocher. C’est assez, ce soir, personne ne viendra te reprocher quoique ce soit, et certainement pas Logan. Tu pivotes vers lui, et ton expression de visage se métamorphose pour laisser entrevoir toute ta haine à cet instant. Presque défiguré par la colère, tu reprends avec emportement.

    « Mais putain Logan, tu comprends rien sérieusement. Tu crois que j’en ai quelque chose à foutre qu’on lise mes pensées ?! Je m’en tape qu’on me comprenne pas, j’en ai rien à foutre sérieux. Pourquoi j’ai pas l’droit d’être malheureux moi, tu peux m’le dire ? J’ai rien demandé à personne, mais tout l’monde vient me faire chier au quotidien et toi faut que tu t’y mettes aussi, mais putain. C’est quoi votre problème sérieusement ?! »


Tu ne retiens plus tes sanglots qui se laissent aller. A peine tu finis ta phrase, les murs de l’appartement commencent à s’effriter et à s’écrouler en petits éclats. Et à l’extérieur, de la mer, les tours et les gratte-ciels de Berlin jaillissent de l’eau, en ruines et délabrées comme tes souvenirs le sont. Tes souvenirs se mélangent à ceux de Logan pour former un paysage hybride et irréel. Maintenant, un paysage urbain de gratte-ciels et de bâtiments de béton se mélangent à la mer et à la falaise. Des tours jaillissent de l’eau, de la roche, toutes plus délabrées et ruinées les unes que les autres. Il faudra bien que tu prennes conscience que tes souvenirs ne sont que des ruines Nikolaï, et c’est précisément ce que la salle imaginaire essaye de te montrer à cet instant. Ce décor de ruines sans forme est bien le reflet de tes souvenirs. Ils n’ont rien à voir avec ton présent, et pourtant, tu continues à t’accrocher à eux, alors qu’il te faudrait aller de l’avant. Ce ne sont pas des gratte-ciels et réverbères que tu devrais voir, mais ce paysage de mer et de falaise. Tu devrais laisser tomber tout ça, et voir autre chose, quelque chose de plus joli encore. Mais tout te retient, et ça t’entraîne vers le fond. Tu es aveugle, tu ne vois plus la réalité des choses, et l’alcool n’aidant rien, tu continues à t’enfoncer, quitte à tout gâcher avec Logan, alors qu’il est sûrement la meilleure chose qui te soit arrivée dans cette école depuis que tu es arrivé. Qui saura te montrer la vérité maintenant que tu rues dans tous les sens comme un cheval fou ? Tu t’écroules à genoux sur le matelas, et tu continues de sangloter en essuyant tes joues trempées. Entre les larmes, tu finis par lui dire.

    « Tu me comprends pas, et personne me comprend. Vous êtes là, à me juger sans arrêt. Mais j’ai pas besoin de ça moi, j’ai pas besoin de vous et de vos jugements. J'ai juste besoin qu'on me foute la paix, et qu'on me laisse tranquille. »


Tu n’as pas envie de perdre Logan, parce que tu t’attaches à lui quelque part, mais ce soir c’est beaucoup trop pour toi. Beaucoup trop de choses se mélangent et ça a besoin de sortir quelque part. Malheureusement, c’est Logan qui fait les frais de plusieurs semaines de frustration, de moqueries, et d’incompréhension. C’est lui le bouc émissaire qui subit ta colère et ton désarroi. Et toi, tu continues de sangloter au mieux de ce décor chaotique : un appartement dont les murs s’effritent et un décor apocalyptique d’une ville en ruines à moitié dans la mer. Plus rien n’a de sens désormais, et tout n’est que folie dans ta tête.
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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Dim 17 Aoû - 8:32

Puis je ne ressens plus rien. Un vide absolu qui me prend au ventre pour grimper jusqu’à ma tête, se servant de ses ongles dans ma moelle épinière pour l’atteindre. Léthargie de l’esprit, les émotions givrées, frigorifiées. J’arrête même de respirer quelques secondes. Immobile. Impassible. Jusqu’à ce que le serrement de mes poumons m’indique que je dois prendre une goulée d’air. Je m’exécute, machinalement, sans que l’expression étrange que j’ai au visage ne change. J’ai oublié la blessure. J’ai oublié la peine, les regrets, les doutes. J’ai oublié la personne que la société injuste et imbécile a formée malgré elle, malgré moi. Je ne réponds à rien d’autre qu’à ce vide qui grandit, qui pousse, qui force, qui explose. Comme une étoile qui meure. Qui laisse le vide gagner sur elle. Qui prouve, encore une fois, qu’il n’y a rien de plus tragique que le sort de ce qui a la malchance d’être forcé à la vie. Puisqu’on nous l’arrache par la suite. Inévitable. À cet instant-là, lorsque j’ai vu les yeux de Nikolaï vriller les miens, lorsque j’ai senti cette vague impétueuse de rage et de haine se lancer sur moi, je suis mort. Pour me protéger. Pour m’en sortir, lâche, faible. Pour me détacher du fardeau de la faillite et du désespoir.

Et ses mots se déversent sur moi, comme ses larmes sur ses joues, comme ses sanglots dans sa gorge. Je ne peux pas les arrêter. Je ne veux pas les arrêter. Un peu parce que je sens que c’est ce dont il a besoin. Sans cruauté, sans avoir envie de le voir souffrir. Mais parce que la souffrance est nécessaire à l’apprentissage. Parce que tout le monde y passe, un jour ou l’autre. Des crises qui nous donnent envie de ne jamais se réveiller. Cette étrange sensation de bien-être qui vient plus on pleure, avant que notre poitrine en aille mal. Cette pulsion qui nous pousserait presque à nous arracher des cheveux à grandes poignées, à nous griffer la peau. Tant on a mal, tant on a envie de vomir. Et je le vois se décomposer devant mes yeux. Je ne dis rien, je ne bouge pas. Je regarde les morceaux tomber avec les mots qui jaillissent de ses lèvres. Je le regarde se décomposer avec chaque souffle saccadé qu’il prend. Il tombe. S’écroule, comme les tours qui viennent se fracasser contre la falaise à l’extérieur. Comme les éclairs qui happent l’herbe verte et le béton. Je ne comprends toujours pas ma froideur.

La statue de marbre prend vie. Je me lève de sur le bord de la fenêtre, lentement. Derrière moi, tout tremble toujours, mais je n’y porte plus attention. C’est la ruine et la détresse devant mes yeux qui me force à bouger. Mes mouvements sont lents. Peut-être parce que j’ai encore un peu peur. Peut-être parce que plus je m’approche de lui, plus la chaleur de l’humanité me prend à la nuque, éveille en moi les sentiments que j’ai fait exprès d’abolir. Mais je garde contenance. J’arrive près du matelas. M’y laisser doucement tomber à genoux, face à lui. Sans le quitter des yeux mais sans vouloir le brusquer non plus. Je pose ma main sur sa nuque. Il se débat, me repousse. Je n’abandonne pas, je reviens à la charge. Ma main se montre plus ferme, un peu de rudesse qui n’a rien de violent. Et c’est lorsqu’il se fige que j’en profite pour attraper ses deux poignets de ma seconde main. Je le tiens solidement. On sous-estime souvent ma force, j’en fais parfois un avantage. Et puis de toute façon, c’est pour son bien. Je le sais, et je suis convaincu que lui aussi, quelque part, le sait. Je commence à parler. Mon ton est calme, à la fois doux et grave, chaud sans être aride, velouté sans être mou. Le ciel gris et la mer se rencontrent une fois de plus. J’essaie d’ignorer les larmes qui naissent encore de ses yeux.


« For Fuck’s sake, Nikolaï. Il faut que tu te réveilles. Il faut que tu ouvres les yeux. Que tu vois la réalité aussi clairement que tu me vois devant toi. Je ne te juge pas. Si c’était le cas, je ne serais pas ici en ce moment. Je suis beaucoup de choses, la plupart étant sans doute peu flatteuses. Mais je ne suis pas un hypocrite. Je ne risque pas la tempête si je ne suis pas absolument certain que cela en vaut le coup. Alors je suis ici. Parce que je sais que tu en vaux le coup, même si toi, en ce moment, t’en a rien à foutre. Tu n’y crois pas. Eh bien moi j’y crois. »

Mon front se presse au sien. Je ferme les yeux. La tempête se calme à l’extérieur, même si je le sens toujours trembler près de moi. Mon étreinte se resserre, légèrement. Peut-être dans un élan de tendresse.

« Si tu me dis de foutre le camp encore une fois, je le ferais. Pour de bon. Parce que peut-être que c’est ce qu’il y a de mieux pour moi, pour toi. Mais souviens-toi bien que moi, je n’ai aucune envie de partir. »


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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Mer 20 Aoû - 23:42


« Tu préfères sombrer sur Terre, dans ton cimetière, où rien ne se brise, rien ne se perd. Et passent comme un courant d’air tes plaisirs amers. »

Ta fierté s’effrite à mesure que la ruine te gagne, et tu te vois te briser en morceaux un peu plus à chaque seconde. Tu sens l’édifice de ton corps qui s’affaisse et qu’il croule sous son propre poids, à celui-ci j’ajoute le poids des regrets et du désespoir. Ce soir tu n’as pas envie de faire semblant, de boire et de danser comme si rien ne t’atteignait. Tu n’as pas à être quelqu’un d’autre et à être le Nikolaï qui fait son dur. Ce soir tu es juste cet enfant qui sanglote parce qu’il a perdu tous ses repères et qu’il ne lui reste que des souvenirs poussiéreux et brisés, qui aujourd’hui ont perdu de leur éclat. Aujourd’hui ils n’ont plus rien à voir avec ce qu’ils étaient à l’époque, et c’est pour ça que tu t’énerves et que la rage monte en toi. Parce que tu sais que cette pièce ne t’apportera jamais rien, et qu’elle ne fait qu’illusion. Tu le vois maintenant que tu fais face à ce champ de ruines sous tes fenêtres, tu comprends que ce n’est qu’un fragile tour de passe-passe qui ne cherchait qu’à altérer ta vision des choses, mais tu veux encore t’y accrocher, comme un dernier espoir, parce que tu as la sensation que c’est la seule chose qui peut encore te maintenir sain d’esprit. Le seul moyen d’échapper à la décadence de ton esprit. Mais aujourd’hui ça ne suffit pas, ça te blesse, et chaque pierre des ruines qui composent ce paysage chaotique te rappelle à quel point tout ceci est faux, tout ceci a le goût de cendres dans ta bouche. La baie vitrée vole en éclats et s’écroule au sol, tout comme toi à l’intérieur, et le vent frais de la nuit agitée pénètre dans la pièce et secoue tes cheveux qui se mêlent à tes larmes sur ton visage trempée. Tout ce que tu voulais c’est sa présence, rien de plus. Tu n’as jamais désiré un palace. Tu ne veux pas de tout l’or du monde, et des bijoux de valeur. Tu ne veux pas de luxe, tu veux renoncer à tout, et même à la civilisation s’il le faut. Tu pourrais te débarrasser de la drogue et de l’alcool, et oublier tout ce que tu as souffert. Tu pourrais renoncer aux autres, renoncer à toi-même. Tu pourrais faire tout ça, pourvu que cela puisse le faire revenir et rester. Mais malgré tous les sacrifices et les offrandes, rien ne le ramènera. Parce qu’on ne peut pas faire contre la volonté des gens, on ne peut pas les forcer à rester quand eux ne rêvent que de partir. Aurélian a toujours voulu partir au fond, et toi, tu ne faisais que le retenir, mais c’était comme retenir le sable entre tes mains. Plus le temps passait, et plus il s’échappait de ton emprise et disparaissait.

Logan se rapproche de toi, et finit par poser sa main sur ta nuque, mais tu repousses son bras sans réussir à l’envoyer chier tant les larmes étouffent ta voix. Et il insiste et tu continues de te débattre, tu frappes son bras, tu le pousses sur le torse, tu lui ordonnes de te lâcher et tu le repousses toujours et encore, tu ne veux pas qu’il approche, tu ne veux pas qu’il assiste à ta décomposition. Lâche moi, Logan, fous moi la paix. Il s’obstine et tu finis par craquer, tu laisses sa main sur ta nuque et tu enfouis ton visage dans les tiennes, désemparé et impuissant au possible. Tu voudrais lui supplier d’arrêter et de s’en aller, mais tu suffoques et ta respiration s’accélère de plus en plus, alors que ta poitrine semble se comprimer. Il attrape ses poignets, et tu tentes de te débattre mais c’est inutile, il a une forte emprise sur tes poignets et tu n’arrives plus à lutter, fatigué de pleurer et trop faible. Comme un animal blessé, tu t’écroules et tu abandonnes la chasse, te rendant à la merci de celui qui te tient à présent. Tu essayes de te débattre avant qu’il prenne le contrôle de toi, mais tu sais que ça ne sert à rien, il est plus fort que toi, et il a gagné. Sa voix plonge en toi et résonne comme un grelot creux. Ce qu’il te dit entre en toi et ressort sans que cela ait changé ton intégrité. Tu entends à peine ses mots qui viennent sombrer dans ton âme, sans que cela puisse t’atteindre. C’est comme si tu succomber sous l’eau et qu’il essayait de te parler à la surface. Ses phrases se diluent et se déforment, elles ne ressemblent plus à un langage humain, et tout meurt dans une horrible déformation sourde et étouffée par le silence omniprésent. Son front se presse sur le tien, et toi tu continues à trembler, tu fuies son regard. Tu n’as juste pas la force d’assumer son regard. C’est trop pour toi. Tes sanglots se calment légèrement, ta respiration ralentit doucement. Ses mots trouvent enfin une brèche en toi, et sa voix te réconforte, comme celle d’Aurélian autrefois le faisait. Elle perce le silence et déchire les ténèbres qui enveloppent ton cœur, sa voix lumineuse triomphe des ombres, et tu arrives à canaliser la crise en toi, un peu, juste de quoi te ressaisir de manière à pouvoir parler de nouveau, ta gorge se délie, et tes lèvres tremblantes reprennent le contrôle. Doucement tu t’apaises, mais tes larmes coulent encore, et tu reprends alors, la voix brisée, après avoir laissé planer un silence.

    « J’ai juste envie qu’il revienne. J’veux juste retrouver ce que j’ai perdu. Il avait pas le droit de m’abandonner cet enfoiré. J’ai cru qu’il allait changer, que je pouvais le faire rester cette fois-ci, mais c’était pas vrai. »


Tu ne le regardes toujours pas, parce qu’au fond il n’a pas besoin de voir ton regard à ce moment pour comprendre ta sentiment, et ta voix tremblante et brisée s’occupe déjà du reste. Blessé, tu retournes un peu dans le silence. Parce que chaque mot qui traverse ta gorge et passe tes lèvres sont des lames de rasoir que tu enfonces dans ton cœur. Chaque mot te coupe la respiration, et t’étrangle un peu plus. Tu ne peux pas en parler, ça finira par te tuer tu te dis. Personne n’a besoin de savoir ce que tu ressens, de toute manière ils sont tous trop occupés à faire des prédictions et à s’imaginer ce que tu penses ou ressens. Mais toi tu terres dans ton silence un peu plus, de tel sorte que maintenant c’est douloureux pour toi d’en sortir, ça te blesse, ça te fait mal. Tu relèves la tête et tu plonges ton regard noir dans le sien. Tu le déteste d’essayer de te venir en aide, parce que tu sais qu’il ne peut rien faire, et qu’il ne changera rien. Ses efforts ne feront rien, ne changeront pas ton destin et ton passé. Tout ce qu’il fait c’est brasser l’air autour de toi. Les murs continuent de s’effriter et les craquelures grandissent. C’est comme si l’appartement allait s’écrouler dans peu de temps. Le vent souffle toujours à travers la fenêtre brisée, il fait froid, et pourtant ton sang semble bouillonné dans tes veines.

    « Et toi, qu’est-ce que tu vas faire contre ça, hein ? Tu crois que tu peux me venir en aide ? Laisse tomber Logan, j’ai pas besoin de ça. J’ai pas besoin de toi, ou de n’importe qui moi. Alors fais ce que tu veux Logan, je m’en fiche pas mal. T’as qu’à me laisser tout seul, comme les autres. T’as qu’à me laisser crever la gueule ouverte comme Aurélian, j’en ai rien à battre. »


Une fois que tu as fini de répandre ton venin sur le pauvre Logan, tu le bouscules et tu le fais lâcher son emprise sur toi avant de te relever. Tu diriges devant la baie vitrée en éclats, tes pieds faisant craquer le verre fêlé sur le sol, et tu t’enveloppes de tes bras pour essayer de te réchauffer. Tu te sens encore alcoolisé et défoncé, mais tu sembles te calmer un peu. Tu sanglotes toujours, mais en silence, les larmes coulant sans un bruit sur ton visage. Pourquoi les mots sortent toujours déformés de ta bouche ? Au fond, tu voudrais qu’il reste, et qu’il te montre qu’il tient à toi et à quel point il te veut toi. Mais fier et blessé, tu le repousses, quand bien même tu voudrais tout le contraire et te jeter dans ses bras. Ce n’est pas pour toi, tu ne mérites pas d’avoir sa compassion. Logan est quelqu’un de bien, et toi tu ne penses qu’à pourrir tout ce que tu touches. Parce que tu veux façonner un monde à ton image. Un monde pourri et chaotique où plus rien ne bouge. Où le temps, l’espace, la chance, le destin ont arrêté de se battre et de coexister. Quelque chose de mort et fané que tu pourrais regarder et contempler à ta guise. Un monde comme toi où les gens souffrent. Tes yeux se perdent au loin dans la tempête qui gronde au loin. Et tu regardes ce paysage apocalyptique en grelotant et en pleurant, parce que tu comprends que ce n’est que le reflet de ton âme qui se joue devant toi.
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MessageSujet: Re: BLINDNESS [PV Logan Sutherland]   Ven 22 Aoû - 4:31

J’ai réussi.

Pour quelques secondes à peine, l’espace de quelques mots et de quelques larmes, j’ai réussi à le calmer suffisamment pour qu’il s’ouvre. Timidement, maladroitement, agressivement, même. Mais il m’a laissé voir quelque chose que je n’avais que soupçonné jusqu’à maintenant. Il l’a exprimé clairement, entre les soubresauts de ses épaules, entre les soupirs qu’il avait à la gorge. Je ne sais plus exactement combien de temps s’est écoulé depuis le départ d’Aurélian – je ne le connaissais pas, seulement j’en ai beaucoup entendu parler – mais c’est évident que Nikolaï est attaché, menotté au passé et qu’il s’y noya avec autant de plaisir que de désespoir. Sentiment que je peux comprendre. Les situations et les personnages sont complètement différents, mais l’essence est la même. On veut s’y résigner, on veut abandonner la lutte parce que le deuil est trop douloureux à faire. Mais en même temps, quelque chose en nous refuse de jeter les armes et de se laisser crever comme un animal blessé. C’est le même combat acharné, le même duel qui se terminera par une fatalité certaine. Ou l’on tue le mal-être, ou l’on s’y jette entièrement. Mais moi je n’ai pas fini de me battre, et je sais que quelque part, Niko non plus. Même si je n’ai aucune idée de la finalité de nos sorts respectifs. Et après avoir entendu cet aveu, j’ai réellement cru que j’étais arrivé à quelque chose, que j’avais réussi à lui offrir un peu de répit et de calme, que ma ténacité avait servi à autre chose qu’avoir l’air complètement idiot.

Mais son regard avait percé le mien, sans ménagement, sans pitié. Un regard aride, presque méprisant, dégoûté. Le mien ne s’échappe pas. Obstiné, effronté. Même si un nœud lourd et douloureux me prend, une fois de plus, au sternum. Je déteste le sentir insolent, condescendant, parce que j’ai vu ce qu’il peut être. J’ai vu sa fragilité, sa tendresse, j’ai senti son désir contre mes lèvres et sous mes doigts. Et j’ai refusé de l’oublier. J’ai choisi d’être émotionnel, pulsionnel, même si je sais pertinemment que ça ne mène jamais à rien. Pauvre con, pauvre enfoiré qui crie au désespoir dans sa solitude. Personne ne m’entend de toute façon, personne ne veut m’entendre, jamais. Et j’ai voulu croire que Nikolaï était différent, que je pouvais bâtir quelque chose avec lui. Une amitié, ou peut-être autre chose, j’en sais rien. Je ne veux pas m’admettre avoir espéré plus que cela. Parce que c’est tout simplement farfelu. Ses mots me blessent, me fouettent. Me donnent envie de crier d’indignation, de me fâcher. Mais je reste figé, stoïque, incapable de bouger ou de parler alors que je sens mon cœur qui bat la chamade, qui va me défoncer la cage thoracique. J’en ai du mal à respirer.

Alors le combat recommence. Éternel et cyclique. Histoire sans fin. On croit avoir atteint notre objectif mais à la dernière seconde, il s’éloigne, se repousse encore de quelques kilomètres. Alors on se redresse. On se dégourdit les jambes. Et on recommence. On court, toujours en quête de cette réponse soudainement évanescente alors qu’on est sur le point de la toucher. Je suis épuisé. Mais je sais que je ne vais pas m’arrêter de courir, tant que je n’ai pas de certitude. Ma ténacité est aussi funeste que ma malédiction que certains s’amusent à qualifier de don. Et j’ai envie de m’écouler sur ce matelas. J’ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, de crier à l’injustice, de m’envoyer la tête contre le mur. Mes doigts tremblent légèrement, j’ai la gorge serrée. Mais tout ce que je trouve à faire, c’est m’asseoir. Je ferme les yeux, essaye de me concentrer sur ma respiration, sur l’air froid qui pénètre la pièce imaginaire à travers les fenêtres fracassées. Je n’y arrive pas. Ça tremble, à l’intérieur. Ça bouille. Ça cogne, ça blesse, ça dévore. Et je voudrais être capable de me retenir, de me raisonner. Me rappeler une énième fois à l’ordre, mettre un frein à mes émotions chaotiques mais étrangement bien dissimulées. C’est lorsque je me redresse sur mes pieds que je réalise que j’ai échoué. Que je m’apprête à faire quelque chose qui pourrait sonner le glas sur ma relation avec l’Allemand. Pourquoi je l’ai suivi, for God’s sake? Je n’aurais pas eu à être dans cette situation si j’étais resté avec les autres. Je n’aurais pas risqué la seule amitié que j’ai. Je ne me suis pas encore préparer à l’éventualité de la perte, elle est trop douloureuse. Alors je fonce, aveugle, le pas ferme et déterminé alors que je m’approche de la fenêtre. Mes deux mains se posent sur ses épaules, le forcent à se retourner. Regarde-moi. Sens la frustration qui fait trembler mes muscles, vois ma mâchoire serrée, écoute ma voix grave, sévère et misérable à la fois. Mais remarque, dans le gris-bleuté de mes iris, cette immense tendresse et ce souci sincère de ton bien-être. Je t’en prie.


« Non. Je peux pas, Nikolai. Je peux pas partir comme si de rien n’était, comme si tu ne valais rien à mes yeux parce que ce n’est pas vrai. Et j’aimerais tellement que les choses soient plus simples, que mes sentiments ne soient pas ce qu’ils sont mais je n’y peux rien. Et ça me dégoûte que tu craches dessus comme si moi je ne valais rien, ça me dégoûte que tu me repousses du revers de la main parce que tu veux te morfondre dans tes souvenirs. Je ne suis pas comme Aurélian, je ne peux pas le faire revenir pour toi, je ne peux pas espérer être comme lui dans sa façon de t’avoir rendu heureux. Mais je peux essayer de le faire à ma façon si tu me laissais la chance de te montrer ce que je vaux. Je peux être là pour toi. Mais arrête de me traiter comme un putain de déchet, comme tous les autres connards de cette école. Réveille-toi, ouvre les yeux. Regarde-moi, Niko. »

Et sans que je ne le réalise, quelques larmes s’échappent du coin de mes yeux, ma voix frémit. Je ne sais pas si je peux supporter un autre rejet. Un autre échec. J’ai bien peur que c’était l’ultime tentative.



Closing your eyes to disappear,
You pray your dreams will leave you here;
But still you wake and know the truth, no one’s there...

Say goodnight, don't be afraid,
Calling me as you fade to black.

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